On ne le dira jamais assez, l’expatriation est une aventure. Déjà par essence car le fait même de bouger est, en soi, du changement. Mais cela ne s’arrête pas aux portes de l’avion. De toute évidence, une fois sur place il faudra s’installer et se frotter, se heurter, s’accommoder, s’adapter aux différences entre votre pays d’origine et le pays d’accueil. Cela ne veut pas dire que vous allez mal le vivre bien au contraire. Certaines fois vous noterez des petites différences de vie qui vous amuseront. D’autres fois, il s’agira d’une toute autre manière de faire dont vous n’avez pas l’habitude. Quoi qu’il en soit, que l’on en rie de bon cœur ou que l’on en rie jaune, l’expatriation a ce petit quelque chose magique qui fait que l’on en ressort l’esprit plus ouvert qu’avant de l’avoir vécu, car ô surprise, il existe un autre monde derrière la porte de notre maison.
Oh je vous vois venir avec votre première pensée comme quoi je n’ai pas non plus atterri en pays Afar dans une tribu Ethiopienne. Mais figurez-vous chers amis, connaissances ou visiteurs, que l’Amérique n’est pas si semblable à l’Europe, et plus précisément (parlons de ce que je connais) la Louisiane n’est pas si semblable à la France.
Alors autant le blog relate les évènements notables dont nous n’avons pas l’habitude (le Tournoi, la visite d’autres Etats –New York ou Arkansas-, Mardi Gras, le système scolaire américain etc), autant cet article fera dans le détail. Nous allons mettre le doigt sur ces petites différences du quotidien, ce à quoi on ne pense jamais mais qui peut rapidement être chiant (appelons un chat un chat) comme par exemple … la disparition du gruyère. J’y reviendrai. Aussi, installez-vous confortablement, laissez-moi vous conter la journée fictive d’une expatriée en Louisiane. Let’s go c’est parti !
Chapitre 1. La démesure
Il est 6h du matin vous dormez paisiblement du sommeil du juste lorsque soudain votre réveil sonne. A 06h02, lorsque vous mettez un pied au sol (deux minutes clairement utopiques dans mon cas) vous vous dirigez vers le frigo de 3mètres sur 15 pour vous servir ce qui s’apparente le plus à un déjeuner européen c’est-à-dire des céréales. (Amen les Spécial K que l’on retrouve ici aussi et qui sont moins bourrées de sucre que le reste des aliments). C’est ainsi que vous sortez votre litre de lait. Sauf que non. Vous ne sortez pas votre litre de lait, vous sortez votre gallon de lait. Il est vrai qu’en une semaine, un seul estomac a besoin de 3,78litres de lait. Imaginez donc la taille de la porte intérieure de votre frigo pour pouvoir ranger vos presque 4litres. Vous l’aurez compris, ici se trouve le pays de la démesure. Frigo, four, machine à laver et sèche-linge sont simplement plus grands que ce dont vous avez l’habitude (je vous renvoie à l’article #8 dans lequel j’explique que j’ai pu rentrer dans un sèche-linge. Un. Sèche. Linge.).


Admettons un instant que vous ayez envie d’un petit déjeuner Macdo (qui est d’ailleurs, contre toute attente, de mauvaise réputation ici, les gens préférant Sonic par exemple), préférez le menu small qui se trouve être l’équivalent du maxi de la France (car dans le Maxi américain vous vous retrouverez littéralement avec deux litres de coca).
Le ventre bien rempli, vous vous dirigez vers le supermarché du coin, afin de faire quelques courses. Là, deux choix s’offrent à vous. Un caddie de taille somme toute normale (oui ça arrive) ou… un scooter intérieur. Oui, il est possible de faire ses courses au volant d’un deux roues… Non activité physique totale, bien le bonjour ! Notez également la taille des aliments : pastèques démesurées, citrouilles rappelant la taille de Jupiter, paquets de céréales format familial mondial, quintal de mayonnaise etc. Par ailleurs vous pouvez d’ores et déjà faire le deuil de certaines de vos habitudes alimentaires. Adieu donc cher gruyère râpé et bonjour le tout petit morceau à 20$ (comprenez donc que si vous voulez faire un gratin, vous devrez acheter une bonne quantité de ces petits morceaux. Coucou le gratin dauphinois à 80 balles) ; adieu ô tant adorée baguette et bonjour truc de deux mètres à base de farine qui a juste eu le mérite de gonfler au four ; adieu crème fraiche ; au revoir lardons et bonjour rien du tout à la place. Et j’en passe. A la place vous trouverez du cheddar pour trois fois l’Afrique, de la sauce piquante à tout-va et, il faut quand même reconnaitre ça, un génie de calories néanmoins succulent : les Reese’s. A l’heure de passer à la caisse, amis écolo, asseyez-vous. Vous vous rappelez il y a dix ans lorsque les petits sacs en plastique ont été interdits au profit de grands sacs réutilisables ? Hé bien cette décision n’est jamais parvenue jusqu’ici et les gens continuent d’utiliser dans tous les magasins ces petits sacs, honte pour notre planète. Le bonjour aux dauphins et aux tortues qui vont se remplir la panse, une seule ultime morbide fois. Il y a vraiment des incohérences.






Chapitre 2 : Le volet automobile
Sur un air plus léger, retournons un instant sur le parking du supermarché, et allons ranger nos courses dans le coffre de notre voiture. Vous remarquerez rapidement que la taille des places de parking est directement liée à la taille des voitures qu’elles sont destinées à recevoir. Bienvenue au pays des trucks (comprenez 4×4) ! Et il y en aura pour tous les goûts : simple ou double cabine, réhaussés au max, à led, double essieux, roues jumelées à l’arrière, et alors mention spéciale à ces antennes de 3mètres surmontées de balles de tennis. La rédaction de ce blog (c’est-à-dire Tomy et moi) cherche toujours l’utilité à cela. En tout cas, ça me fait rire ! Néanmoins lorsqu’on voit l’état de la majeure partie des routes louisianaises, on peut comprendre pourquoi les gens utilisent des pick-up. Ne soyez donc pas étonnés de voir des jeunes de 16 ans au volant de F150 ou de voitures tout aussi « classe » mais opposées en termes de style comme des Dodge Charger par exemple. En comparaison et en précisant que je l’ai adorée, merci de faire une minute de silence en souvenir du bolide que je conduisais à 18 ans : la Twingo. Attention, ne croyez pas que nous vivons dans l’Etat le plus riche des US (bien au contraire d’ailleurs), en fait c’est vraiment « du tout au tout ». Donc d’un côté vous avez des voitures clinquantes et de l’autre vous avez des poubelles sur roues. (Tout comme d’un côté vous verrez des maisons aux allures de châteaux et de l’autre côté des maisons aux allures de maison bidonville)







Nous devons prendre l’Highway (autoroute) pour rentrer à la maison. Non c’est faux mais c’est pour l’histoire. Chut, merci. Attention à bien regarder de tous les côtés car ici ça double par la gauche et par la droite ! Cela étant, bonheur ultime comparé à la France de pouvoir prendre n’importe quelle autoroute sans payer. Lorsque je vois les actualités expliquant que le prix des autoroutes françaises va encore augmenter au 1er février, je suis ravie de vivre dans un Etat où cette partie est gratuite. Et que dire du prix de l’essence ? Là ou je râlais pour le gallon de lait, je suis enchantée du gallon d’essence qui n’est en moyenne qu’à à peine plus de 3$. Pour faire simple :
1 gallon (3.78L) = $3.10 (2€74) (prix moyen à Lafayette). Donc en gros on a presque 4 litres d’essence (pas diesel, essence) pour 2€74.
- Si on divise à partir de l’unité supérieure (4L) on a donc 1L pour 0.685€
- Si on divise à partir de l’unité inférieure (3L) on a donc 1L pour 0.913€
Par contre merci d’hypothéquer votre maison et de vendre un rein pour assurer votre voiture. Etant expatriés, les compagnies d’assurance prendront en considération votre permis américain. Donc même si vous conduisez depuis dix ans comme c’est mon cas, vous serez à leurs yeux jeunes conducteurs depuis quelques semaines seulement. Je viens donc de payer pour six mois (oui car ici ça assure par tranche de six mois) 1300$. Et c’était la moins chère. Ah, je viens de voir passer mon âme par la fenêtre.
« Mais n’as-tu pas école ce matin? » me demanderez-vous. Non mes amis, pas ce matin. Car ce matin les écoles sont fermées. Pourquoi ? Car il fait froid. Les Louisianais ne sont vraiment pas habitués aux basses températures et lorsque la météo approche les 0° et qu’il peut potentiellement pleuvoir (donc neiger), certaines écoles vont décider de fermer tout d’abord car les routes peuvent glisser, mais ensuite car les enfants n’ont tout simplement pas forcément de manteau. Voilà voilà… (Encore une fois, cette décision est prise école par école, voire schoolboard par schoolboard).
Je ne reviendrai pas sur la partie ouragan dans cet article qui pourtant est une majeure différence avec la vie européenne tout simplement car un article est déjà dédié à cela (l’article #7)
Ah, on me dit dans l’oreillette que le temps vient de se réchauffer. Quel miracle, nous pouvons retourner à l’école. Non c’est toujours faux, c’est toujours pour l’histoire. Mais le principe de cet article est de condenser les différences culturelles dans une fictive journée de 24h. Donc on lit et on fait semblant que c’est vrai ! Cela dit mes chers amis, apprêtez-vous quand même à voir la météo changer en 24h de temps et pour le coup, ça c’est vrai ! Vous pouvez tout à fait perdre 15 à 20° en 24h de temps (ou les gagner). Ahh la Louisiane.
Chapitre 3 : Back to school
Nous voilà donc de retour à l’école, retrouvant nos élèves réchauffés en classe et ce, après avoir « sign in » (pointé) avec notre empreinte digitale. Je vous renvoie à l’article #6 lequel évoquait déjà toutes ces petites choses mais je voudrais néanmoins revenir sur le dress code car j’ai entre temps eu des précisions sur des choses que je ne comprenais pas. Bon, le principe d’avoir un jour réservé au blue jean (le fameux « jean day ») reste toujours incompris de mon cerveau mais j’ai compris pourquoi les élèves doivent avoir leur veste « dézippée » (donc ouverte) à l’intérieur des bâtiments. Vous ne devinez pas ? Hé bien c’est une question de sécurité. Je vous laisse réfléchir quelques instants…
En réalité, on exige que les vestes soient ouvertes afin de voir tout de suite si une arme tente d’être cachée.
Chapitre 4 : Quid Covid
Et puisque nous parlons sécurité et école, quel meilleur moment que celui-là pour vous faire un petit aparté Covid ? Je vous l’annonce tout de go, nous vivons en 2017. Ici, aucun pass sanitaire, aucune obligation vaccinale et… aucun port du masque. Quand je dis « aucun » c’est « aucun ». C’est-à-dire que c’est au bon vouloir de chacun mais si vous vous promenez dehors, dans un supermarché ou à l’école je dirais qu’en moyenne seulement 2 personnes sur 5 le portent (et encore.)
Au niveau scolaire, le masque fut requis en début d’année mais l’obligation fut rapidement levée et depuis, il s’agissait d’une obligation à la semaine histoire que « les cas redescendent en se protégeant sept jours. ». Par contre n’allez pas imaginer nos jolis FFP2 ou masques bleus. Non, ici tout est permis, foulards, masques en tissus (simples ou aux couleurs de l’établissement, d’une équipe de sport ou que sais-je encore), masques brodés etc. Mais cher lecteur, il y a ici aussi une manière d’échapper à « l’obligation » hebdomadaire. Si vous (ou les parents d’élèves) n’avez pas vraiment envie de vous embêter avec ça, il vous (leur) suffit de remplir le papier ci-dessous. Globalement il s’agit d’une mini décharge qui dit « je sais qu’il faudrait mais je n’ai pas envie donc je ne le ferai pas merci au revoir ». Et hop ! Vous êtes en règle. (Cela ne vaut que pour l’école puisqu’encore une fois vous ferez exactement ce que vous voudrez en extérieur).

Cela étant, ils ont tout de même fait la démarche de faire venir des infirmières qui testent une fois par semaine qui le veut. Là où ça devient intéressant c’est que les intéressés peuvent se faire payer pour cela (à hauteur d’une dizaine de dollars). Et si vous saviez comme le viol nasal français ne me manque pas. Ici, le test PCR (ou antigénique) se limite à l’infirmière insérant le stick d’à peine 1cm à l’entrée de la narine. Elle tourne légèrement et en cinq secondes c’est fini. Autant vous dire que vous risquez de vous faire plus de mal avec votre propre doigt. (Bien qu’on ne se fasse pas dépister avec son propre doigt. Anyways, vous avez saisi)
Plus « officiellement », je n’ai pas les chiffres des positifs en tête mais du point de vue de mon ressenti et de ce que j’entends par-ci par-là, je n’ai pas l’impression que la situation soit pire qu’en France, ou même qu’elle soit dramatique. Par contre, effectivement, depuis Noël j’entends tout de même davantage de cas positifs ne serait-ce que dans ma classe. Et note pour mes collègues français(e)s : le protocole est ici assez simple : cas contact ou cas positif isolement 5 jours et on revient !
Au niveau société et vie de tous les jours, nous avons vraiment ce ressenti de liberté. En en parlant avec des amis expatriés, nous nous sentons privilégiés en comparaison avec la situation que nous avons laissée. Ce n’est pas compliqué : on fait ce qu’on veut quand on veut avec qui on veut. Je pense que c’est lié au fait que nous soyons dans le Sud des Etats Unis qui est clairement plus « jemenfoutiste » (Je vous renvoie à mon article sur NYC, ville dans laquelle tu ne peux rien faire si tu n’es pas vacciné et point barre.). Il y a tout de même une différence avec les grandes villes. Je pense notamment à la Nouvelle Orléans, où Julie m’expliquait que ce n’est pas aussi libre. Quoi qu’il en soit, gardez à l’esprit que si vous venez vers chez moi, vous n’aurez besoin ni de masque ni de vaccin (bon, il vous le faudra quand même pour arriver sur le sol américain) et personne ne vous demandera jamais rien en relation avec ça. Par contre il est vrai que la mentalité américaine est différente de la française. Non pas que l’une soit mieux et l’autre moins bien mais les gens sont globalement dans un move de vaccination et ce, plus ou moins volontiers. (Je vous épargne l’article sur le cinéma muet mais sanglotant que j’ai fait au centre vaccinal du Texas au moment de prendre ma dose pour pouvoir revenir en France à Noël.)
Chapitre 4 : A table!
Et c’est lors du dismissal (heure de la sortie) à 15h que vos collègues vous demandent si vous voulez manger avec elles au restau du coin ce soir. Ce « soir ». Non mes amis, rejetons en masse le mot « soir » lorsqu’il est question d’aller au restaurant à 17h ! Si comme moi vous vivez dans le Sud de la France, vous saurez que le soir (le vrai soir) nous mangeons assez tard. Quel choc fut-ce de constater qu’ici les américains vont au restaurant à 17h. Mais 17h c’est l’heure d’un éventuel petit goûter, c’est l’heure d’aller voir son cheval, c’est l’heure d’aller au sport, c’est l’heure de tout sauf de souper voyons ! Je vous laisse donc imaginer mon cher colocataire et son ventre qui gargouille bien comme il faut à 18h, heure à laquelle moi je n’ai absolument aucune espèce de faim. Cela dit ce soir au menu il y a de l’alligator. Y a-t-il besoin de vous préciser en quoi c’est différent ? Alors adieu les lardons et bonjour l’alligator ! Si, en vous rendant à votre repas vous avez une soudaine envie d’un petit peu d’alcool, merci de vous diriger vers les « drive thru » de daiquiris. Non vous ne rêvez pas, il s’agit bien d’un drive d’alcool, on se met en ligne, on commande, on paye et on repart avec son verre d’alcool à la main pendant que l’on conduit. Légal et visiblement normal.




Fun Fact : Mention spéciale à la douche et …… au tuyau qui n’existe pas. Donc si vous voulez rincer votre baignoire ou votre douche, vous devrez vous munir d’un verre ou d’une carafe (Coucou le verre vert dans l’angle de ma baignoire). Ce qui me fait également penser, en cette fin d’article, aux toilettes publiques et leurs portes. Ou devrais-je dire le timbre-poste qui sert de porte, séparant votre « activité » de ceux qui attendent leur tour. Je me suis renseignée sur la raison de cette « non-cloison ». Imaginez une ouverture de bien 30-35cm en bas (et plus en haut) et assortie d’un espace somme toute notable entre le battant et le cadre. La raison de cette intimité inexistante résiderait dans trois facteurs : sécurité (si quelqu’un a besoin d’aide) ; productivité (coup de serpillère facilement passé) et prévention (des comportements illicites).


Pour terminer cet article à la liste non-exhaustive, je voudrais souligner la mentalité, cet esprit de fraternité, de solidarité et d’accueil. Si je voulais trouver le meilleur moyen de vous faire visualiser ce que cela représente, je vous renverrais aux photos des différents articles de ce blog, car si ces expériences ont pu être racontées, c’est que bien des personnes m’ont prise sous leur aile. Et je ne suis pas certaine que c’eût pu être le cas en France aussi facilement. A titre d’exemple : je viens d’être invitée à passer trois jours de randonnée équestre en avril pour fêter l’anniversaire de mariage de responsables du Tournoi (Pour lire ou relire l’article du Tournoi, c’est par ici !).
En vous demandant de profiter du gruyère, de la crème fraîche et de la baguette pour moi, je vous dis à très bientôt dans nos traces de pattes et vous invite à nous suivre… En Arkansas ! Article #14 here we go !

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