Mesdames et messieurs, nous entrons dans un grand chapitre de ma vie Louisianaise. J’ai nommé : LE TOURNOI. Accrochez-vous à votre écran, chaussez vos boots, enlevez vos éperons (et prêtez-les moi car je vais en avoir besoin) et laissez-moi vous conter cette histoire….
Qualifica-quoi?
Par un beau jour de septembre, Wanda Verrette vint dans ma classe. Il n’est pas inhabituel ici que certaines personnes passent vous saluer, ou saluer vos élèves (ou vous et vos élèves, soyons fous!) pendant que vous faites classe. Ce n’est pas tous les jours mais cela peut arriver et ce côté humain et chaleureux de quelques instants n’est pas pour me déplaire. Wanda Verrette est une de ces personnes qui fut présente dès notre arrivée. Elle est un peu la poule d’expatriation du poussin expatrié que je suis (des poussins expatriés que nous sommes) et nous nous amusons à dire que Wanda doit sans doute avoir des clones à son service car elle sait tout, tout le temps, elle connait tout le monde et elle a bien souvent une solution à tout. Vous cherchez une voiture? Wanda. Vous avez coincé vos clefs dans la voiture? Wanda. Vous cherchez une maison? Wanda. Vous avez besoin d’aller quelque part? Wanda. Vous cherchez un cheval? Wanda. Et il est bien inutile de vous préciser que ces exemples sont tirés de faits réels. Elle n’est absolument pas payée pour cela, c’est simplement une personne au grand cœur.
Un beau jour comme je le disais donc, Wanda toque à ma porte, me demande comment je vais et m’explique que nous pouvons, si je le souhaite « aller à une course de chevaux TRES célèbre ici ». Cela s’appelle « Le Tournoi« . Vous imaginez bien que la cavalière que je suis (et qui n’a pas posé les fesses sur un cheval depuis des semaines) a sauté au plafond, excitée comme une puce de me remettre en contact visuel avec le monde de l’équitation. Lequel sera d’ailleurs bien différent je le savais déjà, puisque je me trouve dans l’univers Western, et non pas l’univers de l’équitation classique dite anglaise. Cependant, les choses ont pris une toute autre tournure. Après l’avoir serrée dans mes bras dans le couloir pour cette bonne idée, je suis restée sans voix lorsque je l’ai vue partir, me disant au loin « parfait, on va donc te trouver un cheval ! » Qu’est-ce donc que cette nouveauté.
Me voilà engagée dans une course équestre avec des sélections dix jours plus tard ! Je ne sais pas de quoi il est précisément question, je n’ai ni cheval ni équipement & mes boots, mes bottes et mes pantalons sont soigneusement rangés dans un carton se trouvant lui-même dans un garage gardois. Quelques jours plus tard, Wanda (et ses clones?) m’avai(en)t trouvé un cheval ainsi que l’équipement. Après avoir acheté une paire de boots marron (détail qui aura son importance), me voilà partie en direction de chez Amy et Brent, un couple d’une trentaine d’années, propriétaires de Buttercup, jument d’une quinzaine d’années. On m’explique que le concept est simple, mais que l’exercice est compliqué : Il faut galoper le plus vite possible le long d’un « arc d’ovale » avec une lance dans la main droite. Et tandis que mon cheval galope, je dois mettre la lance dans 7 « rings » (anneaux) en métal, suspendus à des poteaux. Historiquement, les sept anneaux représentent les sept ennemis cottons à tuer. Cette course existe depuis la fin des années 1800. Autant vous dire que je faisais totalement fausse route en pensant qu’il s’agissait simplement de « la petite course annuelle du coin ». La règle pour être qualifié? : attraper au minimum 3 anneaux et faire moins de 14 secondes (ca va vite, très vite.). Les 10 qualifiés iront rejoindre les 10 meilleurs de l’année passée, eux étant automatiquement qualifiés. Après n’avoir monté cette jument que deux fois dans un champ, histoire de faire connaissance, me voilà au milieu du terrain entourée de dizaines de personnes m’apprenant, à deux minutes de mon tour comment tenir la lance et quels conseils je devais suivre. J’avais peur d’être « la frenchie qui veut essayer quelque chose qui n’est absolument pas de son univers » et d’être vue d’un mauvais œil. Ce fut tout l’inverse. J’ai appelé au moins trois personnes « coach » et à peine ai-je eu le temps de mettre mon deuxième pied dans l’étrier que ce fut mon tour. Trois rounds. C’est parti. J’ai donc découvert la taille des anneaux au moment où j’arrivais au galop dessus. Ils sont… petits. TRES petits. Mes trois rounds se sont terminés sans être ridicules car j’ai à chaque fois attrapé quelques rings (1; 3 puis 2). Mes chers amis, j’ai sauvé l’honneur français comme j’ai pu. J’avais la sensation d’aller si vite. Si vous aviez vu ma tête, la tête de la désillusion lorsqu’on m’a annoncé que j’avais fait le double du temps requis.
Cependant, parfois la vie nous met face à des coups de théâtre. La journée terminée, je partais remercier toutes les personnes qui m’ont aidée, prêté le cheval, amenée jusqu’au terrain et encouragée lorsqu’au moment de tourner les talons, j’ai entendu » On se voit à l’entrainement pour le jour J! ». J’ai alors compris que j’étais qualifiée. Soyons bien clairs, je ne mérite absolument pas cette qualification (moins de 3 anneaux sur deux passages et temps dépassé). Mais il fallait 10 qualifiés et nous étions 10 prétendants. Me voilà donc embarquée dans LE TOURNOI, cette course célèbre dans toute cette partie de la Louisiane, faisant de moi la deuxième femme de toute l’histoire de la course à être qualifiée. A ce titre, un journaliste est venu m’interviewer…




Lets go practice !
A compter de ce jour, je me suis entrainée sur ce même terrain, en conditions réelles deux fois par semaine. Et alors que je pensais avoir été plus que gâtée et choyée, je reçu un jour un appel me stipulant que je faisais l’objet d’un article sur internet. Les quelques médias locaux se sont intéressés à mon cas, celui de la petite française débarquée de nulle part et seconde femme de l’histoire du tournoi à être qualifiée (Ce qui n’était absolument pas mérité, pour rappel). Et comme si l’improbable n’avait pas déjà atteint son paroxysme, quelques jours plus tard, je me retrouvais en première page du journal local et… de nouveau à la radio ! Ce qu’il y a de drôle d’ailleurs, c’est qu’une fois la liste des vingt participants publiée, mon nom apparaissait en numéro 1. Inutile de vous préciser que la plupart des gens ont cru que j’avais été excellente (La-gros-se-bla-gue). Il m’est arrivé de me faire arrêter dans la rue pour entendre des personnes me demander si c’était bien moi la française qui faisait le tournoi. Une de mes collègues m’a même raconté qu’à deux reprises certains étaient venus lui demander, étant donné qu’elle est également française, si c’était elle « la frenchie. »
Fun Fact : Si vous regardez attentivement ma tête de constipée la photo,
on peut apercevoir que je loupe allègrement le ring!


« La Frenchie »… J’entends encore les autres cavaliers devenus camarades m’appeler comme ça à la place de Marie. J’ai adoré ! Et afin que je puisse améliorer ma monte, mon temps et mes résultats, plusieurs d’entre eux m’ont proposé divers chevaux. Ca fait vraiment chaud au cœur de voir les efforts que les gens font pour vous, alors que vous ne les connaissez pas. Après avoir essayé quatre chevaux différents sur plusieurs jours, j’ai choisi une petite jument appaloosa du nom de Blue Deer. C’était elle et moi. Rapide, vive, intelligente. Alors un grand merci à celui que je vais continuer d’appeler « coach » : Kent Saucier ! Ses conseils, sa gentillesse et son attitude paternelle avec moi m’ont profondément touchée.
L’ambiance m’était familière. Après l’école, deux fois par semaine, tout le monde se rejoignait au « field » (le terrain) et après avoir partagé la piste pendant des heures, nous partagions des bières, des repas, des conseils, des blagues, des discussions… La bonne ambiance a toujours été naturellement de mise. A l’issue de ces quelques semaines, je me suis nettement améliorée et sur la fin de mes entrainements je bouclais le tour en 13 secondes (au lieu des 23 lors des qualifications ahem…) en ayant attrapé 6/7 ou 7/7 anneaux. Soyons honnête un instant, j’ai également parfois fait des entrainements moins bons, je pense à la fois ou j’ai percuté l’anneau de mon arcade…
« The bruise may fade but the memory will remain… »






LE TOURNOI – D DAY
Le grand week-end est arrivé ! Après avoir passé la matinée à préparer le terrain pour accueillir le public, l’après midi a été dédiée à jouer notre rôle de chevaliers. Parmi les 300 festivals que comporte la Louisiane, Le Tournoi clôture le « Festival du Coton ». Il faut savoir que chaque festival donne lieu à l’élection d’une reine. Et toutes ces reines (que l’on appelle « pageant ») se déplacent de festival en festival pour promouvoir chacune le leur. Le samedi donc nous avons été invité à escorter la Reine du Coton (en tant que chevaliers que nous sommes), laquelle était donc accompagnée d’une vingtaine d’autres reines : Queen of the boudin (je sais), Queen of Capitale Internationale du Riz, Queen of the corn, Queen of the cajun music etc.
Les chevaliers quant à nous, devions respecter un dress code : manches longues noires, jean noir, et boots noires (coucou les boots marron que j’avais achetées!). Sur cette « base », est rajoutée une tenue prêtée à rendre sous caution : un shirt gris métallisé, une cape noire, un MERVEILLEUX chapeau à pointe et, pour le cheval une cape rouge.













24 Octobre. C’est parti.
Je suis déterminée comme jamais et j’ai un comité de soutien auquel je ne m’attendais pas ! Mon merveilleux colocataire Lyle a fait faire des tee-shirts et a même invité de Gouverneur de la Louisiane à venir à cet évènement! Résultat, j’ai pu voir dans le dos de quelques bonnes paires de personnes : ma tête collée à celle de Balzac mon cheval en France (oui on a triché) ainsi que mon nom en lettres capitales. Ca fait tellement chaud au cœur de se sentir soutenue. Tout au long de cette aventure je n’ai eu que des messages d’encouragements et de félicitations. Je vous l’ai dit, c’est vraiment un GROS évènement ici, et j’ai fait la fierté de certains (ce qui me fera toujours rire autant que ce que cela m’a touchée)
La journée va s’articuler en deux temps : tout d’abord la parade ! Les cavaliers ont pour habitude de peindre leurs chevaux pour l’occasion, aussi je vous laisse découvrir par vous-mêmes ma création artistique. Nous avons donc déambulé à 20 chevaux, des cheerleaders, des orchestres et des dizaines de chars, dans les rues de Ville Platte durant plus d’une heure, saluant la foule (oui, c’était drôle) avec nos chapeaux pointus et nos chevaux encapés de rouge.. Le tout escortés par les pompiers et policiers.















Ensuite, vint l’heure du TOURNOI ! Forte de mes derniers entrainements, et revenant enthousiasmée de la parade, je fus la première à me lancer dans la compétition. Que d’émotions ! Je n’ai attrapé que 3 anneaux à chaque round, quelle déception… Quoi qu’il en soit ce ne fut pas la journée des meilleurs résultats, car même ceux qui s’entrainent depuis des mois et participent chaque année m’ont confiée qu’ils étaient soit mécontents du nombre de rings attrapés, soit de leur temps. Même si à la lumière de mes derniers entrainements je trouve que j’aurai pu mieux faire, vous savez quoi? J’ai gagné tellement plus que quelques anneaux supplémentaires ! J’ai gagné des heures de souvenirs ! Bon, j’ai perdu une cheville dans la bataille (merci le poteau percuté plein galop) mais je ne suis pas la seule (coucou Eric avec ta pommette) ! Je réentends des gens hurler « go frenchie! », je revois 10 de mes 14 élèves brandir des banderoles pour me soutenir, et je revois mes partenaires d’aventure me féliciter entre chaque passage !
Dans mon aventure Louisianaise, j’aime autant vous dire que LE TOURNOI restera parmi mes plus beaux souvenirs !























Trois semaines plus tard, j’ai découvert être passée sur la chaîne télévision FoxNews au journal de 20h ! Après moult recherches, j’ai fini par mettre la main sur le reportage…
Nous noterons mon intervention à 2min23 et, surtout, ce ring
que je rate avec brio. Merci FoxNews pour ce ralenti essentiel qui
m’aura bien fait rire !!
Et parce que, quand même, je veux vous montrer un passage complet…
Le weekend s’est terminé par une soirée entre riders et amis. Il est de tradition que le gagnant du Tournoi demande à ses « guys » de l’accompagner afin de chanter une chanson à la Queen of the Cotton. Pour la deuxième année consécutive, la Queen a répondu en chantant en retour, une chanson à tous les chevaliers (dont je faisais partie). Je vous laisse sur ces quelques vidéos d’instants que je ne suis pas prête d’oublier.
Fun fact : En rentrant le soir après toutes ces aventures, je n’ai fait que
pleurer… de joie et de reconnaissance ! Le Tournoi et toutes les
personnes impliquées dedans ont rythmé ma vie, et m’ont prouvé qu’on
s’habitue bien vite à la bienveillance, la bonne ambiance, la gentillesse
et l’ambiance familiale!
























































































































































































