#15 Saison 1 – Mamou Mardi Gras AKA MMG

Je tenais ce pistolet à colle, ce papier plié en forme de cône, et des mètres (enfin, des ft and inches) de tissu coloré. Il y en avait pour tous les goûts : violet (coucou Julie, je sais que c’est ta couleur préférée), du vert, du jaune, du rouge du bleu, des bariolés, des rayés. Bref, de quoi créer. Mais quelle est cette activité ? Et pourquoi cet atelier couture (oui, couture avec un pistolet à colle) se retrouve-t-il dans cet article ? Et quel est cet évènement de mars que tout le monde attend depuis septembre ? Je veux dire, nous savons tous ce qu’est le Mardi Gras dans le sens où cela existe en Europe également. Seulement voilà chers amis Européens, le Mardi Gras en Louisiane c’est un autre univers, c’est quelque chose de complètement différent. Alors enfilez des colliers de perles, portez tout ce que vous trouverez de violet jaune et vert, et laissez moi vous emmener dans trois jours hors du temps. Welcome in the season of : Mamou Mardi Gras, aka MMG!

Comme je vous l’ai déjà expliqué, chaque évènement (Noël, rentrée des classes, graduation, St Valentin, fête des mères ou des pères, halloween et j’en passe) se prévoit bien, bien en avance. Je vous rappelle que nous trouvions des citrouilles dès la fin du mois d’août pour octobre. Aussi, mes yeux se sont habitués à voir du violet, du jaune et du vert à tout bout-de-champ. Et c’est assez curieux me direz-vous car c’est ici un véritable code couleur. Des tasses, des Tshirts, des boucles d’oreilles, des colliers, des écharpes, des chaussettes, des salopettes (des. Salopettes.) aux motifs de fleurs de lys et hissées de ces trois couleurs. Tel sera votre lot visuel quotidien si vous avez la chance de trainer par ici aux alentours de mars. Je le répète, dans toute la Louisiane, le Mardi Gras est un EVENEMENT. En considérant que nous n’avons aucune vacances pendant cinq mois (aout-novembre), dites-vous que, par contre, l’arrivée de cette festivité pousse des écoles/collèges/lycée à fermer leurs portes. (Une fois de plus, cela dépend des paroisses). Petite chanceuse que je suis, mon high school fut donc fermé. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’importance de la tradition du Mardi Gras, mais ce post vous en donnera, je l’espère, un aperçu. Avant de poursuivre, je voudrai vous expliquer un détail. Bien que se célébrant dans tout l’Etat vous allez vivre des expériences très, TRES différentes selon l’endroit choisi pour le fêter.

A titre d’exemple, la Nouvelle Orléans proposera des parades avec des milliers (littéralement) de cadeaux jetés dans la foule présente pour observer les chars et autres personnages hauts en couleurs (et hauts tout court, cimer les échasses). Et comme la Louisiane c’est « d’un extrême à l’autre », NOLA peut aussi s’avérer très, très sélect. Si vous êtes chanceux comme mes amis Julie et Charles, et que vous connaissez les bonnes personnes comme on dit, alors il y a de grandes possibilités pour que vous vous retrouviez avec une invitation nominative pour un bal. Pas un petit bal avec de jolis décors non. UN BAL. Le genre de bal où vous ne passerez pas si vous n’êtes pas sur votre trente-et-un. Robe de bal et costume de rigueur donc. Je me revois avec ma bière à la main dans les rues de Mamou (vivant ma propre expérience de Mardi Gras que je vais, bien évidemment vous détailler) et recevoir un snap de Julie et Charles en face de Nicole Sherzinger (Les vrais se rappelleront des Pussycat Dolls). C’est ça la Louisiane. Un matin vous êtes dans la boue entrain d’attraper des écrevisses et le soir vous êtes dans un bal digne de l’Upper East Side en face de personnalités venues pour l’occasion. Pour vous donner un autre ordre d’idée, les parades démesurées admirables dans la ville finissent leur chemin dans la salle de bal. J’ignore comme c’est rentré je vous avoue (That’s what she said !). Quoi qu’il en soit, ma connaissance de Mardi Gras dans les grandes villes s’arrête là car, comme vous vous en doutez, j’ai opté pour la version campagne. Chaussez vos boots, enfilez vos capuchons, n’ayez pas peur de vous salir et bienvenue dans une autre version de Mardi Gras, le MMG !

Au risque que ma plume fasse naitre un euphémisme, Mamou est loin, très loin d’être la capitale de l’Etat. Quelle surprise. C’est, je le rappelle, une toute petite bourgade, que bien souvent les habitants n’ont jamais quitté, résidant à littéralement deux rues des gens de leurs familles. Plus d’une fois, les personnes rencontrées pointaient du doigt leur maison, puis se tournaient d’un quart et pointaient la maison de leurs parents, et se tournaient d’un autre quart et pointaient la maison d’un oncle ou d’une tante. Bref, en somme quelque chose de très, très traditionnel. Ce qui, d’ailleurs a ses « pour » mais aussi ses « contre ». Mais contre toute attente, et j’insiste, le Mardi Gras de Mamou est célèbre dans toute la Louisiane. Toute. La. Louisiane. En témoignent toutes ces centaines de nouvelles têtes que je ne vois pas de l’année et qui rendent la Main Street (pas dur, il n’y en a qu’une) noire de monde.

Tout commence avec un capuchon. Tout se termine dans la bière. FIN. Merci d’avoir lu ce nouvel article et on se revoit dans six mois puisque visiblement il me faut à chaque fois une demie année pour rédiger mes posts ! Allez salut !

Bon cette blague ne marchera pas à chaque fois, donc il est bien évident que vous n’allez pas partir comme cela. De toutes façons vous ne pouvez pas car je pose ici et maintenant la première loi de ce blog.

Loi 2022-12-05 Article 1 : tout lecteur se trouvera dans l’interdiction de quitter le territoire de MarryTomyLouisiana tant que les termes « COURIR du Mardi Gras » , « capitaines »,  « origine du gumbo », « chasse aux poulets » et « zydeco » ne seront pas parfaitement maitrisés par son encéphale ».

Comme il devient soudainement agréable d’être sur MarryTomyLouisiana. Blague à part il est évident que vous faites absolument ce que vous souhaitez, nous sommes en terre virtuelle de paix ! (Et puis qu’est-ce qu’une petite invitation à comparaitre au tribunal après tout.)


DRESS CODE

La première chose dont vous allez vous rendre compte sont les costumes ! Le costume traditionnel du Mardi Gras que TOUT LE MONDE porte ressemble à une combinaison (ou haut à manche longues + pantalon) avec une couleur dominante et surtout… des franges ! Mais les accessoires les plus remarquables sont le masque ainsi que le capuchon ! Et là mes amis je vous renvoie à mon histoire de pistolet à colle. Nous avons donc décidé de créer les nôtres ! Me voilà donc ornée d’un « chapopointu » typiquement cajun ! Mais, petite française que je suis, je n’ai pas résisté à rajouter trois rubans au sommet de celui-ci, en référence à mon drapeau ! C’est fou comme, lorsqu’une foule se met à agir ou s’habiller de la même manière, cela devient la norme et alors plus rien n’est surprenant.

LE COURIR DU MARDI GRAS

Sans doute l’évènement tant attendu de ce marathon de la fête ! L’idée est la suivante : un trajet est établi à l’avance et les gens (vous et moi donc) peuvent se placer à certains check-points. Quand vient l’heure, ce sont des cinquantaines de cavaliers (plus ou moins alcoolisés il faut bien se l’avouer) qui arrivent, précédés d’une sorte de grande cariole avec des musiciens cajun/zydeco et qui vont faire étape avec vous avant de repartir vers la prochaine. Cette étape dure très, très longtemps pour notre plus grand bonheur car cela permet de revenir à l’essentiel c’est-à-dire : être ensemble. Tout le monde partage rire, danse, repas (bien souvent du boudin. Mais attention le boudin ici est une sorte de saucisse, pas cette chose blanche ou noire infâme que nous connaissons sous le même nom), et, préparez vous (vous n’êtes pas prêts) : une chasse au poulet.

Là, interviennent les capitaines, reconnaissables à leurs capes aux couleurs de Mardi Gras (ceux qui ont suivi sauront donc qu’il est question du vert, du jaune et du violet). En gros, ce sont ceux qui chapeautent tous les cavaliers. Ils sont également responsables des poulets. Quand le moment est venu, les capitaines lancent un poulet en l’air (assez loin histoire que tout ne soit pas plié en deux temps trois mouvements) et les cavaliers vendraient leur âme au diable pour être le premier à l’attraper. Autant vous dire que c’est aussi surprenant que drôle. Ça tombe, ça se traine dans la boue, ça finit dans l’eau, bref c’est unique ! Et puis, forts de cette heure passée ensemble, tout le monde remonte sur son cheval et s’en va jusqu’à la prochaine étape ! De toute évidence, vous pouvez suivre ce cortège unique, improbable et joyeux tout au long du parcours ! Et quelle ne fut pas ma joie de retrouver mes acolytes cavaliers, mes amis riders du tournoi, bref ma deuxième famille en un sens !

Mais comme je vous l’ai dit, être dans un coin reculé veut également dire : tradition. Traditionnellement, il s’agissait de faire l’aumône pour récupérer de quoi faire un repas pour tout le monde. Le poulet lancé était donc lui aussi destiné à finir dans une soupe. Le travail des hommes était de récupérer de quoi créer le gumbo pour tout le monde, et les femmes étaient responsables (ô, surprise) des tâches familiales. C’est pourquoi aujourd’hui, à ce titre, le Courir du Mamou Mardi Gras n’autorise pas les femmes à monter à cheval. Certains autres villages le permettent mais ce n’est pas le cas de Mamou et je ne pense pas que cela changera, en raison de la volonté de respect des traditions. RIP mon âme de cavalière. Bon, cela étant, les traditions ont quand même un petit peu évolué dans le sens où on épargne les poulets, et dans le sens où il n’y a pas de gumbo géant pour toute la ville. Ce long parcours se termine dans les rues de Mamou là où tout le monde boit attend sagement ! Aussi, attendez-vous à voir des gens debout sur leurs chevaux, à observer des groupes de personnes installées sur les toits des pickups en marche et à danser toute la journée ! Et quand je dis « danse », on revient aux bases c’est-à-dire de la danse à deux, une sorte de rock en quelque sorte. Mais… version cajun sur de la musique Zydeco of course !

Il faut que vous vous rendiez compte de quelque chose, c’est tellement intense, c’est tellement « wild » que les enfants ont leur propre « courir du mardi gras ». Et la plupart du temps ils finissent eux aussi dans la boue. La Louisiane a quelque chose avec la boue qui me fait rire ! D’ailleurs, les journalistes ne sont pas épargnés, je vous laisse juger par vous-même. Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, je vous invite à faire une minute de silence en souvenir de la chemise du journaliste d’un blanc immaculé.

Ici, après la pluie, les enfants sont autorisés à aller dehors et à sauter dans la boue jusqu’à être sale de la tête aux pieds ! Donc autant vous dire que le MMG est l’occasion rêvée, et en interrogeant mes élèves la partie « boue » est le moment préféré de certains !

AWARDS

Fun fact, dans chaque mardi gras (celui des enfants et celui des adultes donc) des awards sont décernés à l’issue de la semaine : best chicken chaser (donc le meilleur attrapeur de poulet, une sorte de Quidditch cajun en somme), best costume (coucou les capuchons et les franges), best dancer (et je vous assure qu’il y a du niveau, vraiment), best all around (là ce sont les déterminés qui ne se sont pas posés une seule fois.). Je pense qu’on pourrait ajouter l’award de l’alcool et des bars et le décerner à la ville entière + aux centaines de personnes venues exprès pour l’occasion ! Pour vous dire, la descente est tellement rapide que les bars ferment quelques jours après le MMG, histoire de « se remettre ».

Cette ambiance me rappelle les fêtes du Sud de la France, dans un registre différent mais dans le même genre d’intensité ! J’ai la sensation que malgré toutes les explications et tous les détails que je pourrai donner, rien ne vaudra votre venue, et votre propre constat ! Tout est permis en cette période. Cette radieuse déambulation colorée, c’est quelque chose croyez-moi ! Une partie de moi me dit d’aller faire un tour à la Nouvelle Orléans l’an prochain, mais que voulez-vous je suis une countrygirl, et c’est une si belle occasion de se retrouver que j’ai peur que l’effervescence de la campagne me manque lors du prochain Mardi Gras. Comme on dit, qui vivra verra ! Et comme on dit ici, littéralement, et en français : LAISSE LES BONS TEMPS ROULER. (On dit aussi « lâche pas la patate » soit-dit en passant, c’est cadeau).  

Petit bonus : l’HYMNE du Mamou Mardi Gras ! Aucune excuse c’est en français cajun !

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5 réflexions au sujet de « #15 Saison 1 – Mamou Mardi Gras AKA MMG »

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